https://www.archives-lasalliennes.org/docsm/2026/2604_patrimoine-lasallien.php
Notre service des Archives a récemment effectué l’inventaire d’une collection de plus de 200 objets scientifiques pour l’enseignement conservés à Béziers-Fonseranes. Ce patrimoine a été mis en fiches pédagogiques accessibles en ligne grâce au soutien de l’ASEISTE (Association de Sauvegarde et d’Études des Instruments Scientifiques et Techniques de l’Enseignement).
Sur ce site internet, les collections du lycée lasallien Saint-Joseph d’Istanbul sont également consultables.
De l’œuf électrique à la tablette numérique
Le rôle des Frères lasalliens dans la diffusion, en France, des savoirs scientifique et technique est connu. La Révolution française a effacé la plupart des traces (cabinets de curiosité, ouvrages imprimés, cours manuscrits) des premiers développements pédagogiques de ces temps de l’Ancien Régime fascinés par les phénomènes électriques, les prémices de la chimie et la classification de la nature.
Les Lumières inscrivent le « cabinet des sciences » dans le paysage scolaire en phase avec le mouvement qui associe la diffusion du système métrique au dynamisme de la recherche et au développement de l’industrie. Les photos des cabinets de physique ou de zoologie ornent les prospectus des grands pensionnats affichant ainsi leur réputation.

Le matériel scientifique pour l’enseignement encore existant date essentiellement du milieu du XIXe-début XXe siècle. On met dans cette catégorie les appareils de physique et de chimie utilisés en démonstration pour les cours ou les travaux pratiques. Leur valeur esthétique résultant de leur aspect « énigmatique » et de la complémentarité de leurs constituants bois-cuivre-verre en font des œuvres d’art parfois recherchées sur les brocantes. Les appareils complets et en bon état ont d’autant plus d’intérêt.


Ces objets dont le mode d’emploi dévoilent toute leur richesse, sont témoins de l’âge d’or des artisans parisiens (pour l’essentiel) qui, avec les moyens de leur époque, ont su fabriquer des outils d’un degré de finition et de précision remarquable. Nos « ingénieurs-artistes » souvent autodidactes ont su conquérir les marchés internationaux des années 1850 à 1900 environ, détrônant les britanniques de leur suprématie avant d’être détrônés à leur tour par la rigueur industrielle germanique alliée à sa recherche universitaire.
On trouve de nos jours dans nos laboratoires scolaires les descendants sommaires (made in China) de ces glorieux ancêtres, permettant d’effectuer les expériences historiques les plus célèbres de l’enseignement des sciences. Leur fragilité les expose à disparition rapide.
Certains enseignants passionnés ont pris soin d’enrichir les collections anciennes des pièces contemporaines les plus significatives, en conservant des échantillons des appareils-témoins pour les générations futures : calculatrices, minitel et autres oscilloscopes sont dans les mémoires collectives pour encore peu de temps.



Une mémoire à réveiller
Les collections d’appareils scientifiques et techniques sont très fréquemment associées à des collections illustrant l’histoire naturelle et celle de l’humanité sur le mode encyclopédique hérité du siècle des sciences.
Fruits de réseaux d’échanges souvent internationaux avec les Frères missionnaires ou les anciens élèves expatriés, tout autant que des promenades récréatives des Frères et de leurs élèves, les collections recouvrent les domaines les plus variés.
Les établissements gardent ainsi fréquemment en mémoire les nombreux Frères naturalistes y ayant professé, à travers des échantillons de roches ou de bois, coquillages et autres fossiles. Ceux-ci sont facilement exploitables par des groupes d’élèves motivés et encadrés.
Collections d’insectes ou d’animaux naturalisés, herbiers ou alguiers, rarement en bon état, sont à confier à des mains plus expertes pour des programmes de restauration (coûteux) ou de conservation.


Cornes et autres défenses – objets de puissantes convoitises – sont à neutraliser en lieu sûr. Les squelettes – et autres « Oscar » sources d’effroi – pourront quitter épisodiquement leurs placards avec les précautions requises.
Certaines collections ont été confiées à des structures conservatoires à même de les valoriser au mieux : les collections géologiques du Frère Le Bail à Crozon, l’herbier du Frère Grenier à Chavaniac-Lafayette, celui du Frère Héribaud au British Museum, par exemple.

À côté de ces grands ou plus modestes « muséums d’histoire naturelle » coexistaient parfois des « collections anthropologiques ».
- On trouvera ainsi ces bibelots orientaux, fragments de momies (!), collections de tissus, masques africains, arcs océaniens, de valeur inégale, à même de décorer quelques vitrines. Ces collections sont témoin d’une approche de « l’autre » qui peut nourrir tel ou tel enseignement. Objets « inertes », ils sont en attente de mise en relation et en récit.
- La détention de catalogues d’acquisition mentionnant la date d’entrée de l’objet dans les collections, sa provenance et le bref récit de son parcours est un atout historiographique d’autant plus considérable que ces documents parviennent rarement jusqu’à nous.
- Les collections numismatiques ou antiques (plus rares) sont à protéger des passions passagères ou plus durables.
- Le patrimoine liturgique ou sacré en déshérence dans les sacristies se retrouve parfois en vitrine. Il est à traiter avec soin (voir museo de La Salle à Dasmarinas aux Philippines).


Du placard à la vitrine
Les collections et bibliothèques ont été largement dispersées, perdues ou détruites au gré des fusions, des réaménagements internes des locaux, des mauvaises conditions de conservation dans les caves ou les greniers, ou d’éventuelles prédations.
Les collections encore présentes sont souvent en danger, soit que leurs conditions de conservation sont mauvaises, soit qu’elles sont dispersées dans les placards et les couloirs sans inventaire et sans projet de mise en valeur (cas le plus fréquent), soit qu’elles sont en situation de prêt/dépôt informel à durée indéterminée auprès d’interlocuteurs privés peu à peu oubliés puis inaccessibles.
Quelques établissements ont su conserver ces témoins de leurs traditions éducatives et les mettre en valeur : vitrines dans les halls d’accueil ou les couloirs des classes, salles d’exposition – voir musée pédagogique ouvert au public de manières ponctuelle ou régulière – collections confiées à des clubs d’élèves volontaires ou à une amicale d’anciens élèves, etc. On évoquera les cas remarquables des établissements Saint-Joseph de Rodez, de Toulouse (en dépôt à Béziers pour nos archives nationales, grâce au Frère Guy Sévérac) et d’Istanbul.


Le réseau lasallien, essentiellement dans sa composante universitaire, compte à travers le monde environ une trentaine de musées à vocation artistique, historique ou scientifique. On parle ici de salles dédiées dont l’ouverture au public est encadrée. On évoquera les musées plus institutionnels de Rome ou de Reims relatifs à la vie de Saint-Jean-Baptiste de La Salle, des musées des Beaux-Arts aux U.S.A. et aux Philippines, de véritables Museum d’Histoire Naturelle dans plusieurs pays latino-américains.

La mise en valeur du patrimoine pédagogique lasallien peut s’exposer à plus grande échelle par des reconstitution de laboratoires, salles de classe, ateliers de fabrication etc. On mentionnera l’existence d’au moins un jardin botanique, celui honorant la mémoire du Frère Marie-Victorin à Kingsey Falls au Canada.
On notera que la France reste dépourvue d’un espace dédié à l’exposition de la mémoire éducative lasallienne.
L’histoire des sciences et l’histoire des arts demeurent des « incontournables pédagogiques » pour éduquer à penser par soi-même en empruntant avec curiosité les chemins tracés par les anciens.
Bruno Mellet

