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LES FRERES des ECOLES CHRETIENNES à JERUSALEM

L’histoire de l’établissement des Frères dans la Ville Sainte est des plus belles parce que des plus simples. Elle vit le jour sous le signe de la sympathie et de la bienveillance générale. Les encouragements lui furent prodigués par le clergé et les autorités civiles et consulaires. Beaucoup de ces autorités connaissaient les “Rabat Blancs” et demandaient depuis 1864 leur présence à Jérusalem, mais cela ne devait se réaliser qu’une dizaine d’années plus tard. C’est alors que Dieu suscita un grand Fils de St. J.B. de La Salle  pour entreprendre, fonder, bâtir et asseoir sur de bases solides l’oeuvre importante de Jérusalem.

Cet homme fut le Frère  EVAGRE de vénérée mémoire, car il fut un grand ami et un grand bienfaiteur des enfants de ce Proche Orient. Arrivé en 1876 à la Ville Sainte, il aplanit avec un tact parfait toutes les difficultés, conquit le respect et l’affection de tous. Il érigea en moins de deux ans la belle et solide bâtisse  dont la Vieille Ville est fière. Durant 40 années de séjour en Palestine, il ne cessa de s’imposer à tous que par son sourire. Débarqué en pèlerin  en1874, il étudia les possibilités de la création d’une école dans la Vieille Ville. Sous le régime politique de l’époque, l’Empire Ottoman, ne s’établissait pas qui voulait  en Palestine, mais toutes les autorités et surtout le R.P. Custode de Terre Sainte, furent des plus accueillants pour le Frère Evagre.

Fort de ces encouragements et de cet appui, le Frère Evagre alla de l’avant, plein de confiance et d’optimisme. Bâtir sur l’emplacement concédé généreusement par le Patriarcat Latin ne fut pas chose facile. Aujourd’hui on admire la masse dégagée du Collège des Frères : ses belles cours pavées, les murailles qui le séparent de la nouvelle Jérusalem  et les fameuses ruines enfouies dans le sous-sol.

L’établissement ne fit depuis que se développer. En dehors de deux périodes critiques des Grandes Guerres 1914-18 et 1939-45, il suit une marche ascendante allant jusqu’à dépasser en 1948 plus de 1.000 élèves. Il jouissait de l’estime, de l’attachement et de la confiance des habitants de Jérusalem  et de toute la Palestine.

L’Oeuvre des Frères à Jérusalem comprend depuis 1904 deux groupements : un Collège assurant l’enseignement commercial et secondaire et une école gratuite ayant le même programme que le Collège  pour les cours élémentaires. Tous les élèves reçoivent l’enseignement en trois langues : français, anglais et arabe. Les Chers Frères s’intéressent beaucoup à l’instruction, mais ils veillent à la formation religieuse, humaine et morale de la jeunesse palestinienne.

En 1968 les deux divisions de l’école deviennent une seule, tous sont admis au Collège avec un seul programme, qui est celui établi par le Ministère de l’Education palestinien  plus le  G.C.E (Bac  anglais) et le pensionnat a disparu  aussi, par la simple raison que les jeunes des pays arabes voisins ne peuvent plus venir en Palestine.

Depuis l’an 2000, notre école de Jérusalem a construit une nouvelle annexe hors les murs, dans la région de Beit-Hanina avec 600 élèves,  qui donne l’enseignement primaire jusqu’à la 8ème année. Les classes secondaires étant toujours en Vieille Ville.

Après 130 ans d’existence du Collège de La Salle à  Jérusalem, c’est le moment de nous interroger : Quels sont les rêves pour demain? Quelle nouveauté devons-nous apporter pour garder ce monument de culture et d’histoire qu’est le Collège des Frères de Jérusalem ? Nous avons fait une large ouverture sociale, les activités extrascolaires, le sport. Nos cours grouillent d’élèves après les classes les jeudis et samedis avec une douzaine d’activités qui leur sont offertes dès les petites classes.

Actuellement la majorité des élèves des cours secondaires, Section Maths et Sciences, ainsi que ceux du G.C.E. obtiennent d’excellents résultats qui leur permettent d’accéder facilement  aux facultés de leur choix.

Avec l’ouverture de la nouvelle section dans le campus de Beit-Hanina, notre école se développe dans une ambiance très moderne, avec son terrain de football et ceux de basket-ball, et aussi en étape de finissage, une belle salle sportive ainsi qu’une piscine olympique couverte.

Ce vaste Océan est maintenant devant nous, nous n’avons pas peur de l’avenir.La voile navigue vers l’horizon, et nous irons aussi loin que cela nous sera possible.

Le Collège de Jérusalem a été dirigé, depuis sa fondation par 19 Frères Directeurs, quelques uns avec des périodes plus longues. Le fondateur, Fr. EVAGRE dirigea l’école pendant 26 ans, de 1876 à1902.

D’autres noms restent encore dans la mémoire et dans l’histoire de cette maison, comme le Fr. Polycarpe Jean, 1923, excellent professeur de français et connu par sa belle calligraphie.

Frère  Octave Laurent pendant les années si difficiles de la 2ème Guerre Mondiale 1939 à 1945.

Une grande figure pour tous les anciens est le Frère Honoré AYOUB qui laissa le souvenir d’un prince, grand organisateur, artiste, musicien et surtout l’homme d’une grande autorité auprès des élèves et des professeurs. Le nombre d’élèves ayant augmenté avec de la division Ville Sainte en 1948,  F. Honoré fit construire une nouvelle bâtisse adjointe à l’ancienne.

Tous les anciens se souviennent avec vénération de la droiture et de l’intégrité du Fr. Félix Amédée FIAMINGO, qui avec sa douceur s’attira l’amitié et le respect de tout le monde dans des moments très difficiles après l’invasion Israélienne de Jérusalem-est en 1967.

Aussi le Fr. Noël SAKR, avec un autre charisme, tout à lui, a dirigé l’école pendant 20 ans à deux reprises. Pendant son mandat le Collège a pris une nouvelle face: tout a été renouvelé, depuis l’appartement des Frères jusqu’à  la grande salle, les laboratoires… et surtout la construction de la nouvelle succursale à BEIT HANINA, inaugurée en l’an 2000.

Il est difficile de citer tous les autres responsables qui, avec leur dévouement et savoir faire, ont su garder bien haut le nom des FRERES dans la Vieille Ville de Jérusalem. Mais il faut aussi rendre un grand hommage aux 250 FRERES qui, à travers ces 130 ans, ont tout donné pour l’éducation des jeunes de Palestine, quelques uns avec un bref passage, d’autres en passant des dizaines d’années.

Un souvenir spécial aux Frères Britanniques qui, à partir des années 30, ont introduit la langue Anglaise, si nécessaire dans ce pays, et dont tous les anciens font le grand éloge, comme de grands et excellents professeurs.

Voici un peu les Frères par nationalités ayant servi à Jérusalem : 142 Français, 28 Libanais, 16 Egyptiens, 11 Syriens, 13 Espagnols, 8 Italiens, 7 Tchécoslovaques, 7 Allemands, 6 Britanniques, 6 Colombiens, 6 Palestiniens, 3 Arméniens, 3 Turcs, 3 Américains, 2 Grecs et 2 Maltais.

Le Collège des Frères de Jérusalem a été une société de nations, c’est la Ville Sainte, et l’Institut des Frères a su donner la fine fleur de ses membres pour la jeunesse de  Terre Sainte.

LES FRERES DES ECOLES CHRETIENNES A  NAZARETH   1893-2005
L’histoire de la fondation de l’école de Nazareth est une des plus émouvantes et épiques en même temps.  Jésus lui même fut mal reçu dans sa ville natale. Des pauvres Frères  de La Salle, ne valant pas plus que leur maître, voulant faire une bonne oeuvre pour les enfants de cette ville, eux aussi, trouvaient toutes sortes de tracas, d’incompréhensions, persécutions, insultes de la part de ceux qui devaient être les plus sympathisants et les plus compréhensifs envers une oeuvre éducative si importante. La tâche, tout d’abord, semblait de celles qu’il n’est pas aisé de mener à bonne fin.

Par une lettre du 9 mars 1892 le Frère Raphaël, Assistant, donne la mission au cher Frère  Odwald – Joseph, alors à Bethléem, dans ces termes: “Puisque les choses ne vont pas comme nous le voudrions à Bethléem, vous devez vous rendre à NAZARETH POUR Y TENTER QUELQUE CHOSE”, voyez le Fr. Evagre pour voir comment vous pourriez vous y prendre, le temps est venu de nous établir à Nazareth, qu’envahissent les ennemis de notre foi ». Mais hélas ce ne sont pas eux qui vont être la croix des Frères, mais ce sont  les amis de notre foi ! C’est pour l’amour de la Sainte Famille  que vous ferez cela. Vous serez le chef d’une communauté de 4 ou 5 Frères. C’est là une entreprise de foi et de zèle pour les enfants chrétiens de la Ville de Jésus « .

Le 19 avril 1892, avec une caravane le C.F. Odwald se met en route pour Nazareth où il arrive le 24, et avec l’aide d’un certain M. Louis Monnier qui désirait si ardemment l’arrivée des Frères dans cette ville, ne trouvant aucun terrain adéquat pour une école, retourne à Bethléem. Quelque temps après M.Lous écrit au C.F. Odwald  dans ces termes “Vous ne pouvez aller nulle part avant de venir à Nazareth sous  peine de déplaire  à la Sainte Famille, vous avez la permission de venir ici, malgré les oppositions les plus opiniâtres, les plus fanatiques  (franciscains) c’est la Sainte FAMILLE QUI VOUS LE DEMANDE ».

Le Frère Odwald revient à Nazareth et passe un bail de huit ans  avec le RP Joseph Doumani, Grec-Catholique, des trois petites maisons, lequel s’engageait  aussi à construire 4 classes et un logement pour les Frères. Enfin le Fr. Odwald-Joseph repart définitivement pour Nazareth le 1er. Janvier1893. C’est ici que commence le calvaire du Fr. Directeur et des  trois autres Frères qui sont avec lui : d’abord le curé Grec-Catholique qui manque à sa parole, ensuite les  Frères sont chassés” manu militari” de la Casa Nova des Franciscains, comme bandits et voleurs des droits de ces derniers…Enfin la Sainte-Famille  a pitié de ces braves Frères et ce sont les Soeurs de St. Joseph qui les logeront chez elles. Malgré leur misère,l’incompréhension, et leur dénuement, les Frères surabondent de joie, de pouvoir enfin se trouver en communauté.

Le  5 avril 1893, un mercredi, eut lieu l’ouverture de l’école de la Sainte Famille, avec  28 élèves le premier jour, 50 la semaine suivante et 70 à la fin  du mois. C’est à ce moment que  la guerre de quartier et des clochers  éclate avec tout son vent dévastateur. L’achat des terrains pour une construction de la nouvelle école, connaît elle aussi toutes sorte de gens malhonnêtes  et les pauvres Frères sont persécutés de toute part. En1894 le Wali  reçoit une lettre d’accusation contre les Frères. Il faut fermer l’école. Les Frères sont accusés aussi de soulever les musulmans contre les chrétiens… Mais les Frères ne se découragent pas et poursuivent leur oeuvre contre vents et marées.

En 1899 enfin, le Fr. Evagre achète un terrain et l’année suivante commencent les travaux d’aménagement, mais Nazareth est une ville ingrate, les Frères sont l’objet des nouvelles accusations, ce qui retarde énormément les travaux de la nouvelle école. C’est seulement  le 2 Décembre 1903 que les premiers élèves rentrent dans la nouvelle école appelée  « La Sainte Enfance ».

Notre  nouvelle école  compte 150 élèves, nombre plus ou moins qu’elle gardera, selon les circonstances, jusqu’à la guerre de 1914. En 1919 l’école est rouverte avec 175 élèves, mais la Guerre n’a pas  fait oublier la querelle des clochers, elle  n’a pas fini de produire ses néfastes fruits, le nombre d’élèves se  réduit énormément  et c’est ainsi jusqu’à l’année 1935.

En 1946 vu le manque de ressources et la pénurie de personnel, le Fr. Visiteur et la Communauté décident la fermeture de l’école et la vente de la propriété aux Grecs-Catholiques, mais l’opposition du Frère Supérieur Général Athanase Emile fait échouer la décision. Pendant la grande  guerre 39-45 les Frères ont pu, malgré toutes les difficultés de personnel et de ressources, garder l’Ecole.

C’est enfin vers les années 1955 que l’école connaît sa splendeur avec 335 élèves,  deux de ses élèves vont étudier en France pour devenir Frères, l’un d’entre eux est encore Frère aujourd’hui, F. Henri Hélou.

Il faut mentionner aussi que l’actuel Patriarche latin de Jérusalem  Mgr.Michel Sabbah est un ancien élève et aussi les deux évêques du Patriarcat, NN.SS  Kamal Bat’hich et Antoine Najjar, ainsi que plusieurs prêtres Latins et Grecs-Catholiques.

Mais à partir des années 60, l’école renoue avec les problèmes du passé, Nazareth commence à se moderniser, la direction n’a pas su s’adapter aux nouvelles situations, l’emplacement pour une école n’est plus valable, les familles chrétiennes quittent la vieille ville de Nazareth pour aller s’établir dans les nouveaux quartiers. De nouvelles écoles modernes ouvrent en ville, le tout amène la fermeture de l’école en 1970.

La nouvelle phase de l’école devient une école de rééducation, pour des enfants condamnés par la justice, avec une formation spécialisée. Un très bon travail se fait, grâce à la bonne direction des F. Directeurs de l’époque, Marcel Viala et Chakib Endari et surtout des FF. José Salces et Giuseppe d’Oriente.

Par manque de personnel de Direction, et nous trouvant avec des problèmes disciplinaires énormes, nous décidons la fermeture de l’oeuvre en 1996.

A partir de cette époque c’est la Municipalité de Nazareth qui prend la maison en charge pour un centre d’éducation spécialisée des Autistes, des enfants handicapés et sourds muets. L’Oeuvre qui fonctionne excellemment bien, avec une part de l’ancien personnel et comme Directeur Mr. Chakib Endari  et ce jusqu’en l’an 2005, date à laquelle la municipalité abandonne définitivement les lieux, ayant elle-même construit une nouvelle école, adaptée aux nouveaux besoins.

C’est bien l’histoire d’une fondation bien agitée, où  pendant ces 108 ans   les  19 Frères Directeurs qui se sont succédés ont essayé de leur mieux, en luttant contre vents et marées et aussi contre  une population et des congrégations religieuses en constante opposition, que les 150 Frères qui sont passés par cette école  ont essayé de former la jeunesse de la Ville de Jésus, la ville de Nazareth de Galilée.

Frère Rafael GONZALES