Accueillis pendant une semaine en Moselle, six élèves libanais du Collège Saint-Pierre de Baskinta ont participé au projet “Tout est lié” avec des lycéens du lycée Saint-Pierre-Chanel à Thionville. Derrière les visites et les échanges culturels, ce voyage raconte surtout comment l’éducation devient un outil de dialogue et de paix dans un Liban marqué par les crises.
À quelques milliers de kilomètres de leur village de Baskinta, perché dans les montagnes libanaises, Adélina, Rébecca, Mazen, Lama, Anthony et Christian, six adolescents âgés de 16 et 17 ans découvrent un lieu qu’ils n’avaient jusque-là vu qu’en images.
Pendant une semaine, du 25 au 30 mai, ils ont été accueillis dans des familles du lycée Saint-Pierre-Chanel à Thionville dans le cadre du projet “Tout est lié”, mené tout au long de l’année avec des élèves français autour de deux objectifs de développement durable de l’ONU : la réduction des inégalités et la paix. Au programme : Metz, Schengen, Luxembourg, la maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles, ateliers, échanges et immersion familiale.
Un projet éducatif né dans un Liban fragilisé
Au Liban, le voyage commence bien avant l’avion. Dans les salles du Collège Saint-Pierre de Baskinta, les élèves travaillent depuis des mois sur les notions de justice, de paix et d’inégalités. Réflexions matinales, ateliers, ciné-club, discussions collectives et échanges à distance avec les lycéens français rythment l’année scolaire.
« On travaille sur les objectifs 10 et 16 », explique Faten Khori Hanna, professeure de français qui accompagne le groupe. « Les élèves ont animé eux-mêmes des ateliers autour des inégalités et de la paix. »
Depuis plusieurs années, le pays traverse une crise multiforme : effondrement économique, inflation massive, crise politique, tensions sécuritaires et déplacements de population liés aux affrontements régionaux.
En 2026, l’UNESCO rappelait encore que des centaines d’établissements scolaires au Liban avaient été fermés, déplacés ou transformés en abris, compromettant l’accès à l’éducation pour des centaines de milliers d’enfants. Selon l’UNESCO, plus d’un million de personnes sont aujourd’hui déplacées dans le pays et environ 500 000 enfants en âge scolaire sont affectés par ces perturbations.
L’éducation est ainsi devenue un enjeu de continuité autant qu’un espace de stabilité. L’UNESCO insiste d’ailleurs sur la nécessité de renforcer des systèmes éducatifs capables de maintenir l’apprentissage en période de crise et de contribuer à la cohésion sociale dans les régions affectées par les conflits.
Dans ce contexte, Faten Khori Hanna le résume simplement : « L’éducation, c’est un fondement pour comprendre la paix. »
Une France imaginée, puis vécue
Pour certains élèves, ce voyage représente une première sortie hors du Liban.
À Baskinta, l’enseignement francophone occupe une place ancienne. Le Collège Saint-Pierre, fondé au début du XXe siècle, entretient depuis longtemps un lien éducatif et culturel avec la langue française. Dans certains milieux francophones libanais, la France reste souvent perçue comme une référence culturelle, éducative ou historique.
Pour autant, la découverte du quotidien français réserve des surprises. Anthony Ala, l’un des élèves libanais, raconte avoir été frappé par l’organisation générale. « Au Liban, c’est un petit pays. Ici il y a le bus, le métro, le train… Au début, c’était difficile de s’adapter, mais tout semblait plus calme et plus organisé. » Les horaires paraissent plus rigides. Les journées scolaires sont plus longues. Les transports sont plus ponctuels.
La relation avec les enseignants surprend aussi. Au Liban, expliquent plusieurs élèves, les professeurs occupent souvent une place plus familière. Les échanges sont plus spontanés, parfois plus proches, presque familiaux.
Apprendre la paix à travers les lieux
Le parcours imaginé en Moselle ne doit rien au hasard. La maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles, Schengen ou encore Luxembourg racontent tous quelque chose de l’Europe et de la paix construite après les conflits. La visite de la maison de Robert Schuman agit presque comme un fil rouge du séjour.
Considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Union européenne, Robert Schuman a posé, avec sa déclaration du 9 mai 1950, les bases d’une coopération européenne pensée pour empêcher le retour de la guerre sur le continent. Sa maison de Scy-Chazelles est aujourd’hui devenue un lieu de mémoire consacré à cette histoire européenne.
« Robert Schuman, Schengen, Luxembourg… c’est comme une récapitulation de notre projet “Tout est lié” », raconte Anthony.
Pour ces 6 jeunes venus d’un pays où la paix reste souvent fragile, ces visites prennent une résonance particulière.


