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Comment apprendre à son enfant à ne pas être un « suiveur » ?

Comment apprendre à son enfant à ne pas être un « suiveur » ?

Publié le 04/11/26|

Anna Ashkova

https://fr.aleteia.org/2026/11/04/comment-apprendre-a-son-enfant-a-ne-pas-etre-un-suiveur

Le harcèlement scolaire touche tous les établissements, quel que soit le milieu social. Si l’attention se porte d’abord sur les victimes et les harceleurs, les témoins jouent eux aussi un rôle déterminant : ils peuvent contribuer à alimenter le harcèlement, tout comme y mettre fin. Témoignages et conseils pour aider son enfant à résister à la pression du groupe et à ne pas devenir un simple suiveur.

Le harcèlement est un phénomène toujours profondément installé dans le milieu scolaire. En 2026, 29% des jeunes déclarent avoir subi du harcèlement, contre 30% en 2025, selon la 6e édition du Baromètre annuel sur le harcèlement et le cyberharcèlement chez les 6-18 ans, réalisé par l’institut George(s) avec le soutien de la Caisse d’Épargne et dévoilé par l’association e-Enfance / 3018 le 29 octobre 2026. Si l’école demeure le principal lieu des violences, le harcèlement ne se limite ni à ses murs ni aux horaires scolaires. Les relations entre jeunes se prolongent sur les plateformes numériques, où les humiliations, les exclusions et les intimidations peuvent continuer bien après la fin des cours. D’après la même enquête, 12% des enfants déclarent avoir vécu une situation de cyberharcèlement. Mais derrière chaque situation de harcèlement, il n’y a pas seulement un harceleur et une victime : il y a aussi ceux qui regardent, rient ou laissent faire. 

C’est ce qu’a vécu Paul, le fils de Claire, lorsqu’il était en quatrième. « Un garçon s’en prenait à lui parce que Paul ne portait pas de vêtements de luxe », raconte à Aleteia cette mère de famille. « Ce qui m’a frappée, c’est que les copains de ce jeune homme, qui riaient à ses blagues, étaient en réalité très amicaux avec Paul lorsqu’ils le croisaient seul à seul en dehors de l’école. » Une situation qui illustre parfaitement le rôle de ces enfants « suiveurs » : ceux qui, sans être à l’origine de la situation de harcèlement, y participent en riant, en encourageant les moqueries ou simplement en restant silencieux. Et ils sont nombreux. Selon un sondage Odoxa pour l’association Asmae Sœur Emmanuelle publié le 19 octobre 2026, six jeunes sur dix disent avoir déjà été témoins d’une situation de harcèlement. Plus marquant encore, 27% reconnaissent avoir déjà participé, parfois sans en avoir conscience sur le moment, à des moqueries, une mise à l’écart ou des attaques répétées. Près d’un jeune sur deux estime par ailleurs que l’on peut participer au harcèlement en suivant le groupe sans réfléchir aux conséquences, tandis que 56% évoquent la volonté de paraître plus fort ou plus populaire. Des chiffres qui parlent à Catherine Verdier, psychologue spécialiste du harcèlement scolaire et auteur de Harceleur, harcelé : sortir du cercle vicieux, publié en mars 2026 chez Hatier.

Ces enfants qui suivent pour ne pas être exclus

Car derrière une situation de harcèlement se cache bien souvent une dynamique de groupe. « Généralement, il y a quelqu’un qui initie la situation. Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir des alliés pour l’aider, et des rires en plus », explique Catherine Verdier à Aleteia. Autour du harceleur principal gravitent ainsi plusieurs profils : ceux qui participent directement aux insultes et aux humiliations, devenant parfois son « bras droit », mais aussi ceux qui restent en retrait, rient aux moqueries ou « likent » des publications humiliantes sur les réseaux sociaux. « Si le groupe rit, cela donne de la puissance au harceleur », souligne la psychologue, ajoutant par ailleurs que la frontière entre le harceleur à l’origine des faits et les témoins actifs peut alors devenir particulièrement floue. « Le juge peut considérer que ces témoins actifs sont également des harceleurs ».

« La cour de récréation peut parfois être vécue comme une jungle, voire comme une guerre, dans laquelle chacun essaie de sauver sa peau. Mieux vaut être dans le clan des forts que dans celui des faibles. »

Mais pourquoi des enfants qui ne sont pas nécessairement malveillants se laissent-ils entraîner dans de tels comportements ? La réponse tient souvent à une peur profondément ancrée : celle d’être rejetés. « Pour un enfant ou un adolescent, l’exclusion sociale est l’une des pires choses », rappelle Catherine Verdier. Ne pas rire avec les autres, refuser de participer ou prendre la défense d’un camarade, c’est prendre le risque de devenir soi-même la prochaine cible. « Pour eux, il peut s’agir d’une question de survie. La cour de récréation peut parfois être vécue comme une jungle, voire comme une guerre, dans laquelle chacun essaie de sauver sa peau. Mieux vaut être dans le clan des forts que dans celui des faibles », résume-t-elle, ajoutant que certains parents encouragent sans en prendre totalement conscience cette logique. Pour certains enfants, suivre le groupe devient ainsi une manière de se protéger. Une attitude qui ne signifie pas pour autant qu’ils adhèrent pleinement à ce qu’ils font. Dans ses ateliers de prévention, Catherine Verdier constate combien les témoins peuvent être tiraillés entre leurs valeurs — le respect, la non-violence, l’empathie — et leur besoin d’appartenir à un groupe. « Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’en suivant un harceleur ou en l’aidant, ils deviennent une force négative, alors qu’ils pourraient être une force positive », explique-t-elle. Comment, dès lors, aider son enfant à résister à cette pression collective ?

Transmettre l’empathie dès le plus jeune âge

Pour Catherine Verdier, la prévention commence bien avant les premières situations de harcèlement, dès les jeux dans le bac à sable, comme c’est le cas dans les pays nordiques, notamment en Finlande et en Suède, où des programmes de prévention cherchent à agir sur la dynamique de groupe. Il ne s’agit évidemment pas de parler de harcèlement à un tout-petit, mais de lui apprendre progressivement à partager, à respecter les autres et à comprendre leurs émotions. « Un grand travail sur les émotions, notamment sur la frustration et la colère, commence dès la Maternelle », souligne la psychologue. Apprendre à un enfant à reconnaître ce qu’il ressent constitue une première étape pour l’aider à comprendre ce que peuvent éprouver ses camarades. C’est ce que s’efforce de faire Natalie, mère d’Alice, 5 ans. « Je lui dis : ‘Comporte-toi avec les autres de la même façon que tu voudrais que les autres se comportent avec toi' », confie-t-elle. Une règle simple, qui vise à apprendre à sa fille à respecter les émotions des autres enfants et à ne pas les exclure. Jeanne, mère d’Henri, 7 ans, privilégie elle aussi cette sensibilisation au quotidien. « Je lui rappelle que personne n’aimerait rester seul. Alors, si tu vois dans la cour de récréation un enfant tout seul, n’hésite pas à l’inclure dans ton groupe », raconte-t-elle. Une manière de l’encourager à ne pas rester indifférent face à la solitude ou à la mise à l’écart d’un camarade. Comme le rappelle Catherine Verdier, « l’empathie se transmet et s’apprend en observant les adultes ». Et cela passe par des gestes aussi simples que laisser sa place dans le bus, donner une pièce ou un gâteau à un pauvre dans la rue ou être bénévole dans une association… Autant d’occasions d’apprendre à son enfant à s’intéresser aux autres et à leurs besoins.

Pour éviter qu’un enfant suive aveuglément ses camarades, encore faut-il lui donner l’habitude d’exprimer ce qu’il pense et ce qu’il ressent. Catherine Verdier insiste sur l’importance du dialogue au sein de la famille. Lorsqu’un enfant raconte une situation survenue à l’école, mieux vaut éviter de réagir immédiatement par un jugement, même si ses propos peuvent surprendre ou choquer. « S’il vient raconter quelque chose, c’est qu’il fait confiance à ses parents », rappelle la psychologue. L’enjeu est donc de préserver cette confiance et de l’amener à réfléchir en lui posant des questions simples : « Et toi, qu’est-ce que tu ferais? », « Comment te sentirais-tu ? » Une façon de développer sa capacité à se mettre à la place de l’autre, mais aussi à prendre du recul sur les comportements de son groupe d’amis. Chez Marie, ce dialogue occupe une place importante. « Mes fils Édouard et Basile ont un sens de la justice très développé car nous abordons différentes situations de la vie quotidienne avec eux pour leur montrer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Je sais qu’ils défendent toujours les plus petits, même s’ils leur arrivent parfois de se chamailler avec leurs camarades. Si j’en suis témoin, je les reprends. Sinon, en général, ils me racontent tout et nous en discutons ensemble », explique-t-elle. Ces échanges permettent aussi aux parents de rappeler qu’une moquerie n’est pas anodine simplement parce que tout le monde en rit. Dans une situation de harcèlement, le groupe peut devenir une véritable force d’entraînement, au point que certains enfants adoptent des comportements qu’ils n’auraient pas eus seuls.

Face au harcèlement, faire du groupe une force positive

Reste une question essentielle : que faire lorsqu’un enfant assiste à une scène de harcèlement ? Comment lui apprendre à ne pas cautionner les actes de ses camarades sans l’exposer lui-même ? Pour Catherine Verdier, la réponse est claire : « La meilleure solution, c’est d’aller chercher un adulte. » Car si les témoins jouent un rôle déterminant dans la dynamique du harcèlement, il ne leur appartient pas de régler seuls la situation, d’autant plus si elle est accompagnée par la violence. « Les enfants doivent aussi savoir qu’ensemble, ils peuvent faire face à un harceleur alors ils peuvent par exemple se mettre en groupe contre lui pour l’arrêter et soutenir l’élève pris pour cible », note encore la spécialiste. « Il est également important de déconstruire une idée encore présente chez certains enfants : prévenir un adulte ne revient pas à « dénoncer » un camarade », précise encore Catherine Verdier, qui observe que cette confusion empêche souvent les témoins de demander de l’aide, alors même qu’ils savent que ce qui se passe est injuste. Car les témoins ne sont pas de simples spectateurs extérieurs à la situation. « Ils sont victimes de cette situation, ils ressentent de l’anxiété, de la peur auquel se mêle leur désir de rester intégrés au groupe », note encore Catherine Verdier. Leur apprendre à ne pas être suiveurs ne consiste donc pas à leur demander d’être courageux à tout prix, mais à leur montrer qu’ils disposent de plusieurs façons d’agir : refuser de participer aux moqueries, soutenir un camarade isolé ou alerter un adulte. Autant de petits gestes qui peuvent contribuer à faire basculer la dynamique du groupe, non plus du côté de celui qui harcèle, mais de celui qui a besoin d’être protégé.