Home Eglise et PapeL’Œuvre d’Orient: 170 ans au service des chrétiens d’Orient
L’Œuvre d’Orient: 170 ans au service des chrétiens d’Orient

L’Œuvre d’Orient: 170 ans au service des chrétiens d’Orient

Ce week-end, à l’occasion des 170 ans de L’Œuvre d’Orient, nous avons eu la grâce d’être entourés de ceux qui, au Moyen-Orient, portent chaque jour l’espérance au cœur des épreuves.

Patriarches, évêques, prêtres, religieux et religieuses nous ont fait l’honneur de leur présence. Par leur fidélité, leur courage silencieux et leur témoignage, ils rappellent que les communautés chrétiennes d’Orient demeurent vivantes, enracinées dans leur terre et tournées vers l’avenir.

Leur venue à Paris a donné à cet anniversaire une profondeur particulière : celle d’une communion fraternelle qui traverse les frontières, les langues et les épreuves de l’histoire.

À chacun d’entre eux, nous adressons notre profonde gratitude.

Depuis 170 ans, la mission de L’Œuvre d’Orient demeure la même : au service des chrétiens d’Orient

Merci à notre partenaire KTO de nous avoir si bien accompagnés tout au long de ces événements avec une programmation spéciale.

Réception organisée à l’occasion des 170 ans de L’Œuvre d’Orient, dans les locaux de la Maison mère de la congrégation de la Mission (Lazaristes), rue de Sèvre, à Paris.

https://www.lavie.fr/christianisme/loeuvre-dorient-celebre-170-ans-daction-au-service-des-chretiens-dorient-104134.php?fbclid=IwY2xjawRxHMRleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFROEhmUXRybzZmQmJ3cWJyc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHuSNPs0IeRyFNXTB_cvxVGti0I8GztHvho9X-YZ6NxD8Pla-O-1rZSX1uV4I_aem_RbjOLyhT3v7fBT-4BFx09A

Créée en 1856 par des laïcs, l’Œuvre d’Orient soutient les communautés religieuses orientales. Ces dernières années, son action s’est considérablement professionnalisée et la dimension humanitaire a pris une part de plus en plus importante. Retour sur 170 ans d’histoire.

Gabrielle Fromont

Publié le 08/05/2026

Une présence dans 23 pays, près 1200 projets portés et 400 communautés religieuses aidées… Autant de chiffres qui disent l’ampleur des liens tissés avec les chrétiens orientaux dans leur diversité au fil des années.

Depuis 170 ans, l’association donne aux paroisses et aux communautés religieuses des pays dans lesquels ils vivent les moyens d’accomplir leurs missions, qu’elles soient éducatives, hospitalières ou sociales. Sa raison d’être : « cultiver une amitié entre les Églises latines et les Églises orientales, les connaître, les visiter, les aider matériellement », résume Hugues de Woillemont, le directeur général de l’association arrivé en 2025, à la suite de Pascal Gollnisch qui a mené un important travail de structuration de l’organisation ces quinze dernières années.

Des années fondatrices

Le contexte est particulier quand l’association est créée par des universitaires et des laïcs en 1856 : la guerre de Crimée vient de prendre fin et la France devient protectrice des chrétiens de l’Empire ottoman. Jusqu’en 1931, elle porte le nom d’Œuvre des écoles d’Orient, sa mission première étant d’aider les établissements scolaires francophones du Liban, alors que la situation locale est déjà difficile. Mais son champ d’action s’étend rapidement, « au rythme d’épisodes fondateurs », décrit Églantine Gabaix-Hialé, chargée de mission à l’Œuvre d’Orient.

« Il y a d’abord l’impulsion du cardinal Lavigerie, le premier directeur de l’association. Après sa visite à Damas en 1960, il a décidé d’apporter de l’aide, depuis la France, aux chrétiens chassés et persécutés par les Druzes », raconte-t-elle. L’organisation est alors reconnue « œuvre d’Église » par Pie IX. Elle est traditionnellement dirigée par un prélat français. Son successeur, Monseigneur Félix Charmetant « a été l’un des premiers, dès 1895, à mettre la lumière sur les massacres hamidiens, présageant déjà du génocide arménien 20 ans plus tard. Il a joué un véritable rôle de lanceur d’alerte ».

S’il est plus difficile de connaître l’action de l’Œuvre d’Orient pendant la Seconde Guerre mondiale du fait, entre autres, de la disparition des archives, la chute du mur de Berlin, en 1989, et l’effondrement de l’URSS, en 1991, marquent un autre tournant. « Ils permettent la reprise de contact officiel avec les Églises roumaines, ukrainiennes et bulgares ainsi qu’un soutien financier pour des édifices confisqués ou détruits », détaille Églantine Gabaix-Hialé.

Une mission plus humanitaire

Selon la chargée de mission, l’attentat de la cathédrale de Bagdad en 2010 et l’arrivée de Daech dans la région sont des « éléments qui révèlent à l’opinion française l’existence des chrétiens d’Orient ». Avec l’exode des chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive, en Irak, ou encore le génocide des Yézidis, une autre minorité religieuse, en 2014, une prise de conscience s’opère et l’action de l’Œuvre d’Orient évolue. « Contraints par la force des choses, en raison des crises et des guerres, nous faisons de l’humanitaire et de l’urgence », explique Vincent Gelot, directeur du bureau de l’Œuvre d’Orient pour le Liban et la Syrie, qui énumère les événements tragiques lors desquels l’associant a dû se mobiliser récemment : l’explosion du port de Beyrouth en 2020, le tremblement de terre à la frontière entre la Syrie et la Turquie en 2023 et plus récemment l’affrontement entre le Hezbollah et Israël mettant en péril les villages chrétiens du Liban sud. « À l’origine, l’urgence humanitaire n’est pas dans l’ADN de l’association, poursuit-il, mais grâce à notre ancrage local, nous avons pu être réactifs et acheminer l’envoi de convois. À plusieurs reprises, des chrétiens d’Orient m’ont confié que notre mission leur permettait de maintenir leur présence sur leurs terres. »

Comme Vincent Gelot, le directeur, Hugues de Woillemont qui est aussi vicaire général de l’Ordinariat des catholiques des Églises orientales résidant en France, décrit cette forme de résilience : « Les chrétiens orientaux n’ont pas besoin de notre pitié, insiste-t-il, mais ils demandent à ne pas être oubliés. Nous avons besoin de recevoir d’eux le témoignage qu’ils donnent, de courage, de fidélité et d’espérance. Ils nous enseignent à suivre le Christ. »

Une professionnalisation

Depuis 2015 et la période Daech, il y a eu un « accroissement de la mission de l’Œuvre d’Orient », obligée de répondre à une demande d’aide de plus en plus conséquente, selon Églantine Gabaix-Hialé. « Il y a toujours cette dimension d’amitié et de proximité, mais désormais, il y a aussi une véritable professionnalisation de la mission. » L’association est ainsi passée de 6 à 53 salariés en seulement quelques années. Près de 300 bénévoles en sont les relais partout en France, organisant des conférences et des expositions tandis que 80 volontaires sont envoyés en immersion dans des communautés religieuses pour une durée de 6 mois à 2 ans. « Ils sont envoyés dans des pays qui ne sont pas considérés comme des zones rouges, comme en Éthiopie, en Égypte, en Bulgarie, ou encore en Roumanie. Nous avons aussi les « bureaux pays ». C’est le cas en Arménie, où des couples s’installent pour mener à bien des projets auprès des communautés chrétiennes locales. »

L’association met également l’accent sur la communication. Plusieurs fois par an, elle envoie à ses donateurs son Bulletin d’information dans lequel figurent de nombreux récits des directeurs, des reportages de terrain ainsi que des articles historiques et géopolitiques détaillés sur les zones d’intervention de l’Œuvre d’Orient. Et les dons suivent. L’association revendique environ 76 000 bienfaiteurs réguliers. « Leur générosité n’en finit pas, elle augmente même. Malgré la succession des crises, il n’y a pas de lassitude, c’est incroyable », se réjouitÉglantine Gabaix-Hialé.

Se faire entendre par le plus grand nombre

Cette mission d’information est aussi réalisée sur le terrain. « Nous recevons des délégations étrangères, des médias, des diplomates… L’objectif est de mieux faire connaître l’existence de ces communautés », détaille Vincent Gelot. L’Œuvre d’Orient mise également sur les actions de plaidoyers, elle intervient notamment à l’Onu et des institutions européennes pour alerter sur la situation des chrétiens d’Orient. « Nos signaux d’alerte sont assez suivis », relève Églantine Gabaix-Hialé.

L’association mise aussi sur la francophonie avec notamment la création, en 2020, du Fonds des écoles d’Orient qui vise à soutenir l’action éducative dans 400 établissements scolaires du Moyen-Orient. « Près de 300 000 enfants orientaux apprennent le français dans les écoles chrétiennes qui rassemble des chrétiens et des musulmans », explique la chargée de mission. « Leur présence est essentielle à l’équilibre culturel, spirituel et humain du Moyen-Orient. Lorsqu’ils disparaissent, c’est toute une société qui se fragilise dans sa diversité », renchérit Hugues de Woillemont.

Pour marquer son 170e anniversaire, l’Œuvre d’Orient organise un grand rassemblement à Paris, entre le 9 et le 11 mai, en présence de près de 150 personnalités chrétiennes orientales. Pour son directeur, c’est l’occasion de rappeler que les « chrétiens orientaux aspirent à la sécurité et à la paix » et qu’il est « essentiel que le droit international soit respecté et que les populations civiles soient protégées ».