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Archives lasalliennes: Document du mois, « Syrie » lasallienne.

Archives lasalliennes: Document du mois, « Syrie » lasallienne.

https://www.archives-lasalliennes.org/docsm/2026/2601_syrie-liban.php

« Syrie » lasallienne

Janvier 2026

Les Frères lasalliens s’implantent tardivement (1876) sur les terres syriennes de l’empire ottoman (subdivisées en ses chefs-lieux : Damas, Beyrouth, Alep, Jérusalem) à l’invitation de Rome et des autorités politiques françaises. La mise en place des protectorats français et britanniques à partir de 1917 amorce (et parfois poursuit) un long cycle de conflits dont on ne voit plus la fin et que subissent tout particulièrement nos écoles du Liban. 

La « Grande Syrie », terre de féodalités

La Grande Syrie

L’instabilité politique et l’insécurité qui règne en Égypte, où ils sont implantés, cristallisent le projet des Frères de s’installer en Terre Sainte. Il prospectent la Syrie-Palestine vers 1876 pour y implanter noviciat et école normale. La Syrie ottomane est devenue une terre de mission pour les églises chrétiennes, d’abord protestantes et anglo-saxonnes, puis orthodoxe russe. La mission catholique, stimulée par Léon XIII et traversée par la rivalité franco-italienne, est active grâce à nombre de congrégations féminines qui tiennent écoles et dispensaires. Avec l’ordre franciscain qui anime les lieux saints, les communautés carmélites, lazaristes et jésuites sont les plus anciennement implantées.

Dans un contexte de concurrence entre nations européennes, la France se met tardivement en ordre de marche en concentrant sa politique d’influence en Méditerranée – traversée, elle, par la rivalité franco-britannique – sur cette zone syrienne où elle invoque son rôle de protectrice des chrétiens d’Orient pour fonder une légitimité. Les autorités françaises, à partir de 1882-1883, vont s’appuyer sur les congrégations religieuses pour développer une implantation d’œuvres couvrant toute la zone jusqu’à ses périphéries grâce à une politique d’aide conséquente et régulière. Le Liban se trouve au cœur de cette zone, et constitue un cas tout à fait singulier.

Présence lasallienne
Mandat Syrie Liban

Les conflits entre musulmans et chrétiens, récurrents et croissants entre 1845 et 1860, provoquent une intervention militaire essentiellement française qui fait pression sur le pouvoir ottoman en place pour créer une province autonome du Mont-Liban (Le « Petit-Liban » druzo-maronite) en 1861. Les « privilèges libanais » seront préservés par cette « démocratie confessionnelle », en partie préexistante, toujours en quête d’équilibre. Beyrouth, « porte de Damas », va se développer en une capitale régionale de premier plan. De cette alliance franco-libanaise aboutira en 1920 la formation de l’état du Grand-Liban sous mandat français (devenu république libanaise en 1926). Ses frontières y sont fixées pour assurer la viabilité d’un pays marqué par les grandes famines de 1915-1918. L’indépendance promise en 1936 ne sera acquise qu’en 1943.

Ce partenariat historique sert de point d’appui à la France pour obtenir le protectorat sur le bloc Liban-Syrie après la défaite ottomane de 1917, en partage avec les britanniques sur l’ensemble Palestine-Jordanie et Irak. Dès la mise en place de ces protectorats à partir des années 1920, se déclenchent des soulèvements « arabes » (druzes, alaouites, sunnites) que les occidentaux cherchent à contenir par la force ou par l’instauration de zones tribales autonomes qui subissent subdivisions ou fusions au fil du temps. 

La question arménienne s’invite dans la zone par les politiques d’exclusion conduites par la Turquie, et que cherche à contenir indirectement l’occupation française de la Cilicie (partie frontalière avec la Syrie) et la guerre franco-turque de 1918-1921. Les accords de paix provoquent alors un nouvel afflux de réfugiés arméniens en Syrie et au Liban. La revendication par la Turquie du secteur d’Alexandrette sera régularisée en 1939 entrainant encore un « dernier » exode.

L’enchainement des indépendances après-guerre débouche sur les sources majeures de conflits toujours en cours qui remettent en cause les découpages « occidentaux » (Liban, Israël, Jordanie) de ce qui fut la « Grande Syrie » ottomane. Libanais et Palestiniens sont les principales victimes de ce cortège de tragédies…

Grande Syrie République française

Présence lasallienne

dans le périmètre de l’ancienne Syrie ottomane (1516-1917)

1876-2024

Turquie (actuelle) : (secteur cédé par la SDN en 1939) 
1- Alexandrette (Iskenderun) 1912-1939 
Syrie : (indépendance en 1944)
2- Lattaquié 1890-1945
Liban : (Indépendance en 1943)
3- Tripoli 1886
4- Zgharta 1904
5- Baskinta 1947
6- Beyrouth 1890
7- Mont-La Salle 1972
Israël : (indépendance en 1948)
8- Haïfa 1883-1965
9- Nazareth 1893 -1996
10- Jaffa-Tel Aviv
11- Jérusalem 1876
Palestine : (indépendance déclarée en 1988)
12- Bethléem 1909
Jordanie : (indépendance en 1946)
13- Amman 1950

Implantations lasalliennes

Succession de crises et conflits

Expulsion des alliés par la Turquie en 1914-1917
Occupation par les troupes franco-britanniques 1917-1920 puis mandats de la SDN
Révoltes arabes de 1919, 1920, 1925, 1927, 1936-1939
Guerre israélo-arabe de 1948-1949
Crise de 1958 (Liban, intervention américaine)
Guerre des Six Jours de 1967
Guerre du Kippour israélo-arabe de 1973
Guerre civile libanaise (1975-1990)
Intervention israélienne au Liban (1982)
Intifada palestinienne (1917-1993) puis seconde Intifada (2000-2005)
Conflit entre le Hezbollah et Israël (1993 et 1996)
Avril 2005 : les troupes syriennes quittent le Liban après 29 ans de présence
Guerre israélo-libanaise de 2006 (guerre des 33 jours)
Guerre libanaise de 2008 (Hezbollah)
Conflits israélo-palestinien (2008-2009), (2014), (2021)
Guerre civile syrienne (2011-2024)
Conflit entre Israël et le Hamas (2023-présent)

Pages syriennes (Lattaquié, Alexandrette)

En Palestine et Syrie, le consul de France, et non pas le clergé ou les missionnaires, obtient des Frères pour ouvrir des écoles, qui dans son esprit, et non pas dans celui des responsables de la congrégation lasallienne, doivent être d’abord des foyers d’équilibre à l’encontre de la propagande anglaise. Soucieux de travailler à la promotion humaine et religieuse des habitants de ces pays, les Frères français créent des écoles à Jérusalem, Bethléem, Jaffa (1882), Caïffa (1883), Tripoli (1886), Beyrouth (1890). Dans cette dernière ville, le consul de France intervient de ses deniers personnels pour empêcher les maîtres de mendier ou de souffrir de la faim car le gouvernement de Paris ne l’aide pas autant qu’il l’aurait cru. En 1892, à Nazareth, l’école lasallienne est fréquentée par 131 catholiques, 19 chrétiens d’autres confessions, une dizaine de non-chrétiens, juifs et musulmans. (Frère Yves Poutet, 1981)

La vingtaine d’écoles chrétiennes encore présente sur l’actuel territoire syrien (en 2025) est rescapée à plus d’un titre. Ces établissements, qui utilisent parfois encore le français, sont gérés par des églises syriaques, arméniennes, melkites ou par des congrégations latines (Sœurs de Besançon, Filles de la charité). Ils sont le petit reste des 250 établissements relevant pour l’essentiel des églises orientales ou catholiques qui scolarisaient 7% des enfants syriens en 1967 au moment où l’État ordonne leur nationalisation. À Damas, Alep, Homs ou Lattaquié, il est dit que les écoles les plus recherchées sont celles gérées par les congrégations religieuses françaises (Lazaristes depuis 1784 et Frères maristes, ainsi que 4 congrégations féminines pour l’essentiel). Nombre d’élèves qui passent le Bac français et syrien poursuivent leurs études à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. Si les communautés orthodoxes acceptent les réquisitions, les communautés occidentales décident de fermer leurs écoles. Malgré la proximité relative d’Hafez el-Assad avec les milieux chrétiens (la communauté alaouite subit l’oppression sunnite) les nationalisations des écoles privées sera maintenue après sa prise de pouvoir en 1970-1971.

Équipe de foot à Lattaquié

À Lattaquié, les Frères ouvrent un collège à la demande du consul de France, M. Adolphe Geofroy, en 1890. Il s’agit de contrer la propagande anglo-américaine très anti-française, les sourdes révoltes arabes très anti-occidentales et de consolider l’appui des tribus alaouites. Le consul cède un terrain acquis à son nom, et pourvoit l’établissement en subventions de fonctionnement. 

Le conflit de 1914-1918 provoque l’expulsion des alliés présents en Syrie. Les Frères français voient leurs hôtes turcs tergiverser sur les modalités de leur départ : « chameaux », cheval, train, fourgon… Les Frères connaissent la prison et les gestes de solidarité de leurs anciens élèves, puis retournent au collège – qui sera repris en main par des maitres musulmans – pour entamer un périple expiatoire entre octobre et décembre 1914, passant par Urfa, Alep, Hama, Homs, Beyrouth, puis le bateau pour Rome via Le Pirée.

Le port de Lattaquié
Manuel scolaire en Syrie Palestine

Après le retour des Frères dont nous ignorons les détails, l’établissement poursuit son développement avec des sections supérieures, un internat (motivé pour l’accueil des enfants des notables des montagnes) et une école gratuite. Le recrutement espère s’étendre d’Antioche à Tartous. 

700 élèves, essentiellement catholiques et orthodoxes, y sont scolarisés lorsque les Frères se retirent en 1945, au grand regret des populations alaouites, réputées turbulentes et farouches, mais fidèles alliées de la France. Le retrait de la France et l’indépendance syrienne en marche s’accompagnent alors d’une forte insécurité. 

Le chapitre lasallien d’Alexandrette est des plus courts avec son implantation tardive en 1912, aux confins stratégiques des prétentions territoriales françaises, dans un port au carrefour de routes commerciales où les populations arméniennes persécutées vont chercher refuge. L’expulsion temporaire de 1914 à 1918 se déroule dans de bien meilleures conditions, les Frères bénéficiant de la protection très avisée de l’autorité turque locale qui confie ses hôtes à un navire italien à destination d’Alexandrie en décembre 1914. Les historiques des années 1920 évoquent deux écoles (une gratuite, une payante) avec 7 classes pour 270 élèves dont de nombreux jeunes arméniens. Les Frères ont ouvert une section commerciale avec apprentissage des langues française, arabe, et turque.

Manuel scolaire en Palestine et Levant

Le contentieux territorial entre la Turquie et la Syrie est réglé en 1939 par l’abandon de la zone aux Turcs. Ce changement de main provoque un nouvel exode des familles arméniennes vers la Syrie et le Liban tandis que les Frères mettent fin à leur présence et regroupent des forces missionnaires qui s’amenuisent. 

Pages libanaises (Nord Liban, Beyrouth, Baskinta)

Pour comprendre la situation de l’enseignement catholique au Liban et saisir la portée des défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, il importe d’évoquer rapidement l’histoire et de mentionner que le Synode libanais de l’Église maronite, qui se tenait en 1736, avait déjà édicté l’obligation et presque la gratuité de l’éducation. Depuis cette date et tout au long du XIXe et du XXe siècle, les écoles se sont multipliées, fondées par des missionnaires venus d’Europe, et d’autres instituées par les Ordres religieux libanais, qui assuraient, déjà depuis le XVIIIe siècle, un enseignement, aux filles et aux garçons, dans l’enceinte de leurs couvents, parsemés sur les cimes de la montagne libanaise. (Présence Mariste N° 267, Avril 2011)

Courant 2024, l’enseignement catholique libanais scolarise environ 20 % des enfants libanais (dont 20 % de musulmans) dans quelque 350 établissements grandement fragilisés par une crise économique qui met par ailleurs à mal les équilibres intercommunautaires.

C’est à Tripoli (« de Syrie ») que les Frères ouvrent une école en 1886, après de longues tractations débutées en 1880 entre les autorités françaises et le visiteur du district de Jérusalem (1876-1952). Les débuts sont difficiles comme ils le seront à Beyrouth (relations complexes avec les autorités maronites, ressources économiques insuffisantes). Le collège de la Sainte-Famille, associé à l’école gratuite Saint-Paul dans le quartier de la marine (El Mina) en 1890, accueille 500 élèves en 1900. La commission des examens de fin d’études est alors constituée des chefs des principales administrations. Le développement des cours de commerce et de langues s’accompagne de ces animations scolaires périphériques aux finalités éducatives très centrales telles que les académies littéraires et le théâtre.

Les historiques de communauté généralement très discrets sur les affaires du monde (obligation religieuse) sont souvent très bavards sur le grand conflit très « rassembleur » de 1914-1918.

Saint-Joseph à Tripoli
Joueur de kémandjé

L’expulsion des Frères de Tripoli en novembre 1914 s’effectue en bénéficiant, comme à Alexandrette, de toute l’empathie et de la prévenance du gouverneur turc local. 

Il n’en est pas de même à Beyrouth. Les 38 Frères français de la ville se mettent à la garde de Dieu, errant durant un mois de cache en cache, hébergés ici par les franciscains, là par le consul américain, vivant comme dans les catacombes ou les granges de 1793…  pour enfin embarquer sur un navire italien qui conduit ainsi plus de 200 religieux à Alexandrie dans une mer fort agitée au grand désarroi du capitaine convaincu de porter la Terre Sainte sur son bateau. Le collège est rapidement pillé, transformé en caserne, la chapelle en mosquée. Il est utilisé comme hôpital britannique lorsque les Frères sont de retour fin 1918 et découvrent un pays ravagé par la famine.

Le 17 décembre 1930, les 730 élèves sont massés sur la grand place de Tripoli lorsque le Maréchal Franchet d’Esperey – qui signe le livre d’or, « ancien élève des Frères » – passe les troupes en revue et accorde une journée de congé aux élèves. L’historique de cette même année mentionne quelques tensions interconfessionnelles sur fond de rejet du protectorat français : on a souvent expérimenté que dans une classe où les musulmans dépassent le cinquième des élèves, l’action du maitre est paralysée…(sic).

On compte 1 700 élèves en 1955 puis 2 000 en 1965 pour 39 classes, sur trois sites avec l’école gratuite Saint-Joseph. 

À une vingtaine de kilomètrres de Tripoli, à Zgharta, les Frères tentent à plusieurs reprises (1904, 1922, 1936…) d’implanter une école pour laquelle le terrain est offert par le patriarche maronite avec l’appui des notables. Les difficultés financières sont récurrentes. 

Parallèlement se développe l’implantation à Beyrouth à partir de 1890 :
► d’abord l’école Saint-Vincent de Paul gratuite (détruite durant la guerre civile, reprise en 1999),
► puis quelques classes payantes ouvertes en 1894 à la demande des familles et qui deviendront le prestigieux collège du Sacré-Cœur (actuellement collège primaire et complémentaire).

Le modèle lasallien se diffuse dans les quartiers et districts adjacents :
– l’école de Béit-Méry en pointillé depuis 1894 et reliée un temps à un juvénat-scolasticat (actuelle maison d’accueil),
– le collège Saint-Jean-Baptiste de La Salle à Ras-Beyrouth en 1922 (transféré à Mont-La Salle),
– le collège Notre-Dame « des Frères » à Furn-el-Chebbak
repris aux sœurs de la Charité en 1939,
– l’institution Saint-Pierre de Baskinta (à une quarantaine de kilomètres de Beyrouth) fondée en 1906 et reprise par les Frères en 1947. 

Beyrouth
Illustrations dans un manuel de géographie

Les 15 années de guerres civiles des années 1975-1990 ont passablement meurtri ces établissements parfois cernés par les lignes de feu et obligés à des évacuations périodiques ou à des replis à Aljatoun, Champville ou au Mont-La-Salle (Aïn-Saadé). C’est là, en 1972, que les Frères ont regroupé les classes secondaires de leurs quatre collèges du grand Beyrouth sur un site de 24 hectares où peuvent se déployer équipements sportifs, amphithéâtres et laboratoires ouvrant les perspectives de formation à tous les horizons.

  • Cette même guerre civile pousse les Frères à déménager l’établissement de Tripoli à 7 km du centre-ville, à Koura.
  • Inauguré en 1987, le collège des Frères-Deddeh succède au collège de la Sainte-Famille et demeure un espace de dialogue islamo-chrétien en accueillant plus de 50 % d’élèves musulmans.
  • L’école de Zgharta, qui sert de refuge aux élèves de la Sainte-Famille et doit déménager plusieurs fois (Kfarfou, Akbeh) durant les conflits, devient le collège de La Salle après son déménagement à Kfaryachite en 1983.
Le collège de Deddeh
Pensionnaires à Tipoli

« Liban… pays de merveilles. Les fières montagnes à manteau d’hermine, les cèdres séculaires ou millénaires, symboles de l’ethnie libanaise : ténacité, fierté, foi et vaillance. » Cette évocation par le Frère Zacharias fait mémoire de ce Frère Assistant (1938-1956) qui pilote le passage du district de Jérusalem (1902) à celui d’Orient (1953) dont le secteur du Liban a donné à ce jour 45 Frères. 

C’est sous son impulsion que s’ouvre le collège de La Salle à Amman en 1950, à la demande pressante d’anciens élèves palestiniens réfugiés en Jordanie après la guerre de 1948. Il accueille 1 200 élèves de la maternelle au baccalauréat international.

Ce secteur lasallien du Proche-Orient (devenu district en 1994) regroupant Liban, Palestine, Israël et Jordanie (hors Égypte et Turquie), repose sur une douzaine d’établissements accueillant quelques 15000 jeunes. Plus globalement, l’enseignement catholique offre, dans ces régions clivées par l’histoire, des espaces de liberté, de dialogue et d’espérance pour tisser de nouveaux futurs.

Bruno Mellet

Source: https://www.archives-lasalliennes.org