Cyprien Viet – publié le 28/11/25
La visite du pape Léon XIV au Liban, du 30 novembre au 2 décembre, est attendue par la population comme un baume de consolation et d’espérance après des années très tourmentées. Les Libanais souhaitent que le pontife les encourage dans leur quête de paix et de légitimité internationale.
« Pour les Libanais, cette visite du Pape est un grand signe d’espérance et de paix », explique, à quelques jours de l’arrivée du pontife, Marlène Hélou, ancienne directrice adjointe d’une école catholique de l’agglomération de Beyrouth. Le pays tout entier se mobilise pour honorer l’arrivée du Pape, dont le portrait a remplacé celui des leaders politiques sur les grandes affiches disposées au bord des routes, qui ont été remises en état pour l’occasion, avec une efficacité inhabituelle. « On aurait encore besoin de deux ou trois visites du Pape pour que toutes nos routes soient asphaltées », remarquent des habitants de la capitale libanaise, avec un certain sens de l’autodérision.
Plus fondamentalement, la venue de Léon XIV constitue un signe d’espérance salvateur après des années noires. Entre l’effondrement financier et monétaire, l’explosion du port de Beyrouth qui a dévasté la capitale libanaise en 2020 le blocage de l’administration et des institutions politiques durant plus de deux ans de vacance du pouvoir présidentiel entre octobre 2022 et janvier 2025, la guerre en Syrie qui s’éternise depuis près de 15 ans et celle entre Israël et le Hezbollah qui s’est relancée en 2023, les calamités se sont accumulées et les habitants du Liban voient leur pays confronté à un danger existentiel. « Le Pape vient nous donner l’extrême-onction avant de mourir », ironisent certains, avec un humour mêlé de découragement.
« Les gens ont peur », reconnaît Marlène Hélou, elle-même très éprouvée par les difficultés économiques et médicales liées à l’effondrement des institutions, et angoissée par les frappes israéliennes qui ont encore fait trembler Beyrouth dimanche dernier, lorsque l’aviation de l’État hébreu a frappé la capitale libanaise afin d’éliminer un chef militaire du Hezbollah. Malgré le cessez-le-feu entré en vigueur depuis un an, un état de guerre persiste et suscite un grand stress dans la population. « Nous entendons constamment le bourdonnement des drones au-dessus de nous, c’est épuisant », explique-t-elle.
L’espérance d’une résurrection
Mais, tout comme dans le Credo le Christ est « descendu aux enfers » et « le troisième jour, est ressuscité des morts », les Libanais ne perdent pas l’espérance dans la résurrection de leur peuple, qui a toujours fait preuve d’une capacité infinie à voir la lumière au bout du tunnel. « Nous sommes un peuple plein de divisions, mais qui sait aussi se rassembler, car les Libanais aiment Dieu », confie une Libanaise née en 1975, au début de la guerre civile.
La dévotion à la Vierge Marie réunit les Libanais, y compris les musulmans, qui s’associent volontiers aux célébrations mariales. Depuis 2010, l’Annonciation, le 25 mars, est célébrée comme une fête nationale afin de marquer la convivialité entre chrétiens et musulmans. La figure de saint Charbel (1818-1898) est aussi devenue un point de référence très important pour la population libanaise, avec de très nombreux miracles associés à ce moine du XIXe siècle. « Léon XIV sera le premier Pape à se rendre sur sa tombe, et c’est un signe très important pour toute la population libanaise », explique Marlène Hélou.
Résilience et espérance
La résilience libanaise s’était particulièrement manifestée dans les heures suivant l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, dont le bilan certes épouvantable – 235 morts et 6500 blessés – aurait pu être bien pire sans le formidable élan de solidarité qui s’est éveillé parmi les Libanais. Certains blessés graves, sauvés in extremis et conduits vers les hôpitaux par des mains inconnues, confieront avoir eu l’impression d’être « transportés par des anges ».
C’est ce Liban-là, profondément croyant et résilient, que le Pape viendra rencontrer dans quelques jours, sur les pas de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, et trois ans après que l’annulation de la visite du pape François ait suscité une grande déception dans la population. Dans un monde de 2025 marqué par une fragilisation du droit international, Melhem Khalaf, député au Parlement libanais et juriste, de confession orthodoxe, considère que « le seul qui aujourd’hui peut redonner une boussole, une référence, c’est le Pape ».
Au dernier rang, vous trouverez peut-être quelques croyants pieux, purs et fervents, des personnes intègres qui adorent véritablement le Christ et Dieu non par crainte, non par terreur, mais par amour, car Dieu est amour.
« Les Libanais ont besoin d’espérance, face notamment à l’hémorragie des forces vives, à l’émigration des jeunes, qui est un phénomène alarmant », s’inquiète Melhem Khalaf, très engagé auprès des jeunes depuis qu’en pleine guerre civile, dans les années 1980, il a participé à la création de l’association « Offrejoie », qui vise à reconstruire la paix civile en impliquant des jeunes de différentes confessions dans des opérations de solidarité. Il espère que le pontife pourra conforter le Liban « dans sa vocation spécifique d’unité dans la diversité, alors que les responsables politiques ont progressivement dénaturé ce message par leur comportement erratique », s’agace-t-il.
La population est en effet en colère contre ses dirigeants. Un message posté en arabe par Hassan Ahmad Khalil, un Libanais de culture musulmane mais détaché des institutions religieuses, a été largement diffusé sur les réseaux sociaux. « Votre Sainteté, je vous implore de vous concentrer uniquement sur le peuple. Sur les pauvres, les nécessiteux, les malades, les orphelins et les victimes des crimes commis par certains de ceux qui se trouvent au premier rang », pointe-il avec colère. « Au dernier rang, vous trouverez peut-être quelques croyants pieux, purs et fervents, des personnes intègres qui adorent véritablement le Christ et Dieu non par crainte, non par terreur, mais par amour, car Dieu est amour », écrit-il dans ce message poignant.
Quoiqu’il en soit, c’est bien avec une profonde espérance que les Libanais de toutes confessions attendent la venue du Pape, sans s’inquiéter pour sa sécurité. Marlène Hélou en est certaine : partout où le Pape choisira d’aller en terre libanaise, « la Vierge Marie le protègera ».

