
Frère Habib Zraïbi, Visiteur, lors de l’accueil du Pape Léon XIV
ttps://fr.aleteia.org/2025/11/28/reportage-a-nicee-les-chretiens-recitent-ensemble-le-credo
Hugues Lefèvre – (en Turquie) –
publié le 28/11/25
Point culminant du voyage de Léon XIV en Turquie, le Pape a célébré ce vendredi les 1700 ans du Concile de Nicée avec une trentaine de responsables chrétiens. Reportage à Iznik à l’occasion d’une prière œcuménique inédite.
Il est des scènes que les Pères du Concile de Nicée n’auraient pas pu imaginer. Vendredi après-midi, sur la rive est du lac d’Iznik, le chant du muezzin porte bien au-delà de la petite station balnéaire turque bâtie sur l’antique Nicée. L’air est doux. Le soleil a percé les nuages. Le gris-bleu de l’eau s’épuise jusqu’aux montagnes au loin. Soudain, dans le ciel d’automne, plusieurs hélicoptères émergent au-dessus de l’immense étendue. Le bruit de leurs moteurs vient se mêler à la prière musulmane. Le convoi disparaît un instant. Mais l’un des appareils revient sur son parcours. Lentement, il dessine un cercle à quelques encablures de la rive. L’hélicoptère est blanc. Le pape Léon XIV est à bord. Du haut du ciel, le successeur de Pierre contemple les ruines d’une basilique. Onze ans plus tôt, c’est grâce à un survol similaire que les Turcs sont tombés par hasard sur les fondations de l’église Saint Néophyte, du nom du martyr du IVe siècle. Elle aurait été construite peu après le Concile de Nicée et symbolise aujourd’hui l’emplacement dudit concile. À l’époque, l’évêque de Rome n’avait pas fait le déplacement. Le pape Sylvestre Ier aurait envoyé deux représentants pour ce rassemblement qui serait plus tard célébré comme le premier concile œcuménique de l’histoire.
Cette fois, le patriarche d’Occident est bien là. Sur l’élégant ponton menant aux ruines, Léon XIV avance aux côtés de Bartholomée, patriarche de Constantinople, le primus inter pares – premier parmi ses pairs – de l’orthodoxie. Les successeurs des deux frères apôtres Pierre et André concluent une procession où se sont joints les représentants des patriarcats d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem. À eux cinq, ils forment la pentarchie, les grandes Églises du premier millénaire. Foulent également le bois de la passerelle des délégués d’Églises issues de la Réforme ou d’autres séparations (anglicans, vieux-catholiques, luthériens, méthodistes, baptistes, mennonites, pentecôtistes, évangéliques…).
La figure de Jésus est centrale

À Iznik, le son du muezzin a définitivement laissé sa place aux hymnes chrétiens. Le pèlerinage à Nicée, celui qu’aurait tant voulu accomplir le pape François, s’accomplit. Sur la plateforme montée sur pilotis, la trentaine de dignitaires vient se placer derrière deux icônes. L’une représente les Pères du concile ; l’autre le Christ Pantocrator, tenant le Livre des Saintes Écritures dans la main gauche, et, de la main droite, esquissant un geste de bénédiction. Comme il y a 1700 ans, la figure de Jésus est centrale en ce jour. Car c’est bien pour préciser la nature du Christ que le concile avait été convoqué par Constantin. Voyant son empire menacé par des querelles théologiques à propos de la divinité contestée de Jésus, le César avait réuni les évêques dans son palais de Nicée pour qu’ils s’accordent sur les fondements de la foi chrétienne. « C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre participants de la nature divine », insiste le Pape devant ses frères chrétiens.
Quelques instants plus tard, tous récitent le Credo de Nicée-Constantinople. Pour ne froisser personne, le chef de l’Église catholique ne prononce pas le Filioque, qui signifie « et du Fils ». Contrairement aux orthodoxes, les catholiques considèrent que l’Esprit Saint, troisième personne de la Trinité, procède de Dieu le Père « et du Fils », expression ajoutée des années après les conciles de Nicée et de Constantinople (381).
Un moment historique
Au loin, le soleil décline, enflammant de mille éclats les eaux du lac. La photo est belle, et déjà historique. Mais elle ne dit pas tout de l’état de l’unité des chrétiens. En réalité, certaines Églises brillent par leur absence. Dans son message, le pape n’élude d’ailleurs pas « le scandale des divisions » que les chrétiens doivent surmonter. Sur le ponton de Nicée, un pan entier du monde orthodoxe manque à l’appel. Le patriarcat de Moscou, qui revendique cent millions de fidèles, n’a pas été invité à ces commémorations. Ayant rompu avec Constantinople, il ne serait pas venu, assure-t-on du côté du patriarcat œcuménique.
Sur la plage d’Iznik, non loin des jeux pour enfants et des restaurants balnéaires, le frère dominicain Claudio Monge relativise. « Ici ce n’est pas l’ONU du christianisme, souligne le religieux installé à Istanbul. Cet événement ne célèbre pas le chemin réalisé jusqu’à présent mais ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir ».
Le pape Léon XIV ne dit pas autre chose. Reprenant les mots de son prédécesseur François, il avertit : « Plus nous sommes réconciliés, plus nous, chrétiens, pouvons rendre un témoignage crédible à l’Évangile de Jésus-Christ, qui est une annonce d’espérance pour tous, un message de paix et de fraternité universelle dépassant les frontières de nos communautés et de nos nations ».










