FRERES DES ECOLES CHRETIENNES - PROCHE ORIENT
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P. Astiroz : Être Frères aujourd’hui : Paroles créatrices, écoute et miséricorde
Le supérieur général des Dominicains, RP Carlos Aspiroz Costa, a développé vendredi devant les Frères capitulants un brillant exposé sur ": La Vie Consacrée aujourd’hui, Être Frères aujourd’hui", au terme duquel il a invité les Frères à des "Paroles créatrices, à l'écoute et à la miséricorde", synthèse que nous laisse le rêveur Joseph, fils de Jacob, icône du véritable frère, modèle de Jésus Christ.

Le P. Aspiroz, docteur en droit canon, a illustré sa réflexion par des évocations de textes conciliaires, ceux des Constitutions des Frères, et un recours imagé au récit de Joseph, méprisé, vendu par ses frères, mais envoyé par Dieu en Egypte, pour les sauver plus tard de la famine, après leur avoir pardonné.

Il a souligné la nouveauté du titre « Être des Frères aujourd’hui » à partir du récit biblique, invitant à rêver avec Joseph, et ajoutant que "quelques uns vivent ce récit comme un cauchemar et d’autres comme une expérience très belle".
Dans sa conclusion, il a invité les capitulants à répondre à la question :
Quelle est la mesure de notre vocation fraternelle ?

Selon lui, Joseph en voyant ses frères affamés en Égypte, comprend finalement que le dessein de Dieu a transformé en bien le mal qu’ils avaient pensé lui faire.

Paroles créatrices, écoute et miséricorde. Voici la synthèse que nous laisse Joseph, icône du véritable frère, modèle de Jésus Christ.
Joseph ayant ouvert son cœur aux rêves des autres, Dieu lui a fait connaître ses propres rêves. Rêves de Dieu pour lui, pour ses frères, pour son peuple.

Nous avons contemplé ensemble cet homme juste, sage et prudent, frère de ses frères, a ajouté P. Astiroz avant de conclure par le conseil évangélique de Jésus au Docteur de la Loi, à la fin du texte du Bon Samaritain : « Allons et faisons nous aussi de même ! » (Luc 10, 37).

Au cours de son intervention, il a précisé que le prophète (le frère, l’éducateur) prononce au nom de Dieu une parole en accord avec le temps et les circonstances, en tenant compte aussi du destinataire de son message. Ainsi :
- Il admoneste l’orgueilleux, celui qui se croit puissant, le superbe.
- Il console l’opprimé, le pauvre.
- Il encourage celui qui faiblit, celui qui défaille et n’a pas de force…

À partir de cet appel et du dialogue avec Dieu qui l’alimente, le prophète essaie de lire l’histoire, la situation dans laquelle il vit, ce qui arrive à son peuple, ce qui « nous » arrive, en définitive la réalité !, à la lumière de la Parole de Dieu. On apprend ainsi à voir/ lire « plus loin », « plus profondément », au-delà de ce qui est immédiat.

Le prophète n’en reste pas seulement à l’analyse des faits historiques, sociologiques, psychologiques. Ce n’est pas un « professionnel de la parole » , il ne se laisse pas entraîner par la force centrifuge du relativisme qui empêche – justement - de voir au-delà de l’événement ou du signe.

En même temps le prophète lit la Parole en prenant le pouls de l’histoire avec ses coordonnées spécifiques et incontournables de temps et d’espace. Dieu se manifeste aussi à travers les « signes des temps » ! Ce que le prophète lit dans la Parole « hier » (dans les différents contextes historiques, culturels et géographiques) il ne l’applique pas de la même façon « aujourd’hui » ni prétend qu’il en sera ainsi « demain », transcendant ainsi toute tentation fondamentaliste.

S'il se réfère à Joseph, le rêveur, c'est pour nous faire découvrir la main d’un « frère » très spécial, qui peut nous faire connaître d’une certaine façon le paysage intérieur de la fraternité.

Joseph est appelé « le rêveur » d’une manière un peu péjorative. Ses frères le haïssent, ne le saluaient même pas, car il rêvait et racontait ses rêves à ses frères, mais eux ne les comprenaient pas et ils se moquaient de lui et le rejetaient. Nous sommes tous entrés dans la vie religieuse porteurs de quelques rêves. Quelques questions nous viennent immédiatement :
Qu’avons-nous fait de ces rêves ? Que sont-ils devenus ? Pourquoi y avons-nous renoncé aussi facilement ?

La vie religieuse donne à chacun la possibilité de raconter ses propres rêves aux autres, parce que – justement - « les autres » ce sont nos frères !
Est-ce que nous partageons nos rêves avec les frères ? Qu’est-ce qui nous empêche de le faire ?

Comme tant de religieux et de religieuses, nous avons choisi un mode de vie qui, même en assumant certaines observances « monastiques » ou « régulières » ne nous astreint pas nécessairement à un poste déterminé, une charge, un lieu, une école, une œuvre. Nous sommes itinérants et pèlerins. L’itinérant (comme les apôtres) se sait envoyé et pour cela il sait où il va, il fait confiance à celui qui l’a envoyé et pour cela il aime l’endroit où il est envoyé.

Quand arrivés à la maison ou en communauté « nous ne pouvons pas » ou « nous ne voulons pas » raconter nos rêves à nos frères nous devenons alors :
- des vagabonds (désorientés et sans but) ;
- des fugitifs (recherchant peut-être à l’extérieur quelqu’un qui nous écoute)
- étrangers ou d’ailleurs chez soi (nous perdons les références, nous ne savons pas comment nous comporter).

Quand nous faisons tous les mêmes choses, parfois nous n’aimons pas que quelqu’un soit différent, distinct. C’est un énorme défi. Nous vivons des temps dans lesquels il semblerait qu’un certain « narcissisme individuel » revête aussi « des masques grégaires ». Il se constitue des groupes fermés, des bandes, gangs ou fans qui reproduisent même scrupuleusement des conduites en créant de nouveaux mythes. Ils n’acceptent pas les différences, sauf pour s’identifier à eux-mêmes et pour combattre de différentes façons ceux qui « ne sont pas des nôtres » Comme cela se produit avec le jeune et quelque peu intolérant apôtre Jean (cf. Luc 9, 49 et 09, 54).

S’il y a quelque chose qui m’impressionne quand je visite les Provinces et les Communautés (des Dominicains) c’est le recours trop facile à la dénonciation et à l’accusation. Nous l’employons souvent pour nous justifier, pour prendre de la distance par rapport aux problèmes ou à ce qui se passe. Nous l’employons pour prendre de la distance par rapport à ce qui arrive à un frère, à ce qui nous arrive !

Je pense alors aux paroles avec lesquelles l’Apocalypse décrit la tâche du Diable qu’il appelle le séducteur, "l‘accusateur de nos frères, celui qui les accuse devant Dieu jour et nuit » (Apo 12,10).
Au contraire, Saint Jean dans sa première lettre nous console et nous encourage quand nous constatons nos fautes et nos péchés : « Mais si quelqu’un pêche, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ le Juste » (1 Jean 2,1).
Quel est notre « rôle « quand nous nous référons à nos frères : nous sommes leurs accusateurs ou leurs défenseurs ?

Saint Thomas d’Aquin, affirme qu’est juste celui qui pratique la justice. Etre juste ne signifie pas agir selon la justice dans quelque cas isolé… Si nous parlons de vertu de la justice (bonne habitude) nous entendons par là la volonté perpétuelle et constante de donner à chacun ce qui est sien. (« le sien » c’est « ce qui correspond à chacun »). La justice exige toujours la relation avec l’autre.

À la lumière de la difficile expérience de Joseph nous pouvons examiner nos propres attitudes en relation avec les frères. Joseph, un frère comme nous, face ces difficultés :
- Il ne se considère pas comme victime. N’accusons-nous pas toujours les autres de tout ce qui nous arrive comme responsables/coupables de notre propre sort ?
- Il ne cultive pas un sens tragique de la vie. Ne nous épuisons-nous pas et n’épuisons-nous pas notre vie fraternelle en ressassant d’interminables litanies comme « la vie n’a pas de sens », « Cela je l’ai bien dit… » ou les « aie, aie, aie… » de circonstance., etc ?
- Il ne réduit pas ce qu’il vit à un problème de faute. Ne nous accusons-nous pas d’être coupables de tout en cherchant insidieusement par là à attirer la compassion des autres ?
- Il ne nourrit pas des désirs de vengeance. Ne tombons-nous pas dans la tentation d’imiter Hérodiade, compagne d’Hérode, en exigeant sur un plateau la tête des ennemis supposés considérés comme des obstacles pour notre bien-être et bonheur personnels ? Ne développons-nous pas jusqu’à des attitudes de violence physique ou psychologique dans la communauté ?
- Il ne passe pas son temps en faisant appel aux autorités pour essayer de les émouvoir. En plus de passer notre temps à nous regarder le nombril est-ce que nous ne souhaitons pas que les autres fassent de même : qu’ils regardent notre nombril ?
- Il ne choisit pas de s’auto-mutiler. Est-ce nous ne cherchons pas à être le centre d’attraction à travers la compassion qu’on nous manifeste ?

Joseph met sa confiance en Dieu. Il se rend disponible à ses compagnons d’infortune en les aidant dans la mesure du possible. De cette façon Dieu purifie son cœur et son intelligence, son âme, sa vie

Nous, au contraire, sans doute nous cachons-nous derrière différentes formes d’auto commisération, plus ou moins déguisées d’humilité, qui nous éloignent des autres, de nos frères et de la réalité.

Quand Dieu interroge Caïn à propos de son frère, celui-ci- évitant de répondre la vérité- se cache derrière sa propre question : « Suis-je donc le gardien de mon frère ? » Dans le Christ, et à partir de la vocation à laquelle il nous a appelés, nous ne pouvons pas rejouer cette scène. C’est vrai que nous ne sommes pas les « gardiens de nos frères »Nous sommes rien de plus et rien de moins que LES FRÈRES DE NOS FRÈRES

Définissant les trois caractéristiques de la vocation de Frère : la Parole créatrice, l'Ecoute et la Miséricorde, le P. Astiroz s'explique :

Quelles paroles voulons-nous prononcer comme frères des écoles chrétiennes pour le monde d’aujourd’hui ?

1. La Parole : Nous savons par expérience qu’avec nos paroles nous pouvons blesser et même que nous pouvons arriver à détruire les frères… Mais nous pouvons aussi créer des possibilités infinies quand nous prononçons des paroles créatrices ! Comme celles que Joseph a prononcées à ses frères qu’il a consolés en leur parlant au cœur.

2. L’écoute : La désobéissance à Dieu n’est pas autre chose que le manque d’écoute ou de nous rendre sourds à ses commandements. Comme maîtres ou éducateurs vous découvrez certainement chaque jour l’étroite relation entre « écouter » et « obéir » (oboedere = ob-audire). Le Seigneur a semé en nos cœurs la perfection de l’écoute. Combien de drames humains, familiaux ou communautaires surgissent en raison du manque d’écoute !
Pour cela dans la vie religieuse nous avons l’habitude de nous réunir en communauté pour écouter ensemble la parole de Dieu (prière communautaire) et de l’écouter à travers la voix des frères (réunions et chapitres communautaires). C’est aussi communautairement que nous sommes appelés à écouter ceux qui partagent notre mission ainsi que les destinataires de celle ci (mission communautaire).
L’écoute ne se limite pas à une perspective simplement « auditive » ; elle se manifeste dans le regard attentif comme celui e Joseph qui contemple le visage de ses compagnons de prison et les besoins des autres. Pour cela :

Écoutons-nous la voix, le sanglot, le cri, la lamentation, la rage, la douleur, l’angoisse de nos Frères ?

3. La Miséricorde : Saint Luc traduit la perfection avec un mot qui lui est très cher : LA MISERICORDE : La perfection c’est la miséricorde : « Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (Luc 6, 36).

Dieu est miséricordieux, il pardonne. La parabole du fils prodigue est comme une épiphanie de cette miséricorde (Luc 15, 11-32). La miséricorde, c'est la « mesure »avec laquelle le père « mesure » le bonheur (compris comme béatitude évidemment). Dans cette parabole, chacun des personnages centraux nous offre une « mesure » du bonheur :
-Le fils cadet pense que la mesure de son bonheur sera de demander au père »la part de l’héritage qui ME revient » (Mais cela ne lui donna pas le bonheur).
-Le fils aîné n’a jamais désobéi aux ordres de son père. Mais il est contrarié de n’avoir jamais eu « un chevreau pour festoyer avec mes amis » (Telle est la mesure étroite de son bonheur).
-Le Père, en continuant l’analogie, a une autre mesure pour mesurer son propre bonheur. Bonheur inséparable de celui de ses enfants. Aussi il les veut avec soi et répond à celui qui ne voulait pas participer

Carlos Azpiroz Costa OFP, est né en Argentine en 1950, et le 8ème enfant dans une famille de 14. Il est Maître Général des Dominicains depuis 2001.
Le Frère Alvaro qui a été Président de l’Union de Supérieurs Généraux à Rome, l’a remercié très cordialement pour son grand travail au sein de cette organisme.

Le texte écrit de son intervention fait 18 pages, mais ses paroles ont été très écoutées car en plus de son talent d'excellent conférencier, il a parsemer sa conférence d’humour. A plusieurs reprises il a analysé des thèmes épineux avec une fine ironie, notamment sur certaines questions se rapportant à la vie religieuse, montrant avec clarté quelle était sa pensée, avec une grande variété d’anecdotes racontées et accompagnées de chants.

Il a montré que le contexte des débuts de l’Institut n’est pas le même que lorsque l’Institut s’étant partout dans le monde. Il a souligné que quand les lois dans des différents pays ont rendu la tâche des Frères difficile, ceux-ci se sont efforcés pour s’adapter à la réalité.


Photos : le père Astiroz, entouré du F. Supérieur et du F. Visiteur Georges Absi, modérateur des travaux vendredi.















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